Nos années Sida

Nos années Sida. 25 ans de guerres intimes Auteur(s): Eric Favereau - éd. La découverte, 2006à l'échelle planétaire, 40 millions de personnes sont atteintes de la maladie, et 3 millions de personnes en meurent chaque année…


Diffusion décembre 2006

Éric Favereau, journaliste à Libération depuis 1981, a longtemps été responsable de la rubrique Médecine, où il a été un témoin privilégié de l'évolution du sida en France et dans le monde. Dans ce livre, le journaliste, aujourd'hui en charge du service Société au sein du même quotidien, retrace, avec acuité et sensibilité, 25 ans de lutte engagée contre un fléau dont on parle aujourd'hui malheureusement sur un mode banalisé et qui ne cesse de prendre de l'ampleur :
Vingt-cinq ans de sida. Peut-on imaginer pire anniversaire, alors qu'aucun vaccin ne se profile à l'horizon et que, chaque année, les pires prévisions se confirment ? Le sida touche aujourd'hui près de 40 millions de personnes dans le monde, et fait chaque année près de 3 millions de victimes. Depuis près de vingt-cinq ans Éric Favereau suit le sida comme journaliste. Et vit au jour le jour les mystères des premiers temps, l'inquiétude qui grandit, la panique qui s'installe, puis les malades qui refusent la fatalité. Pour rendre compte de ce qui n'est pas une histoire, mais une guerre de tous les instants, une résistance contre un virus qui s'attaque au plus intime de l'individu, il a choisi de restituer ici la chaîne humaine qui s'est construite dans cette lutte. À partir d'une dizaine d'entretiens, ou de dialogues, réalisés tout au long de ce quart de siècle avec des acteurs clés de cette lutte (chercheurs et médecins, politiques, militants…), il donne à voir tous ces gestes, anonymes ou spectaculaires, qui, à force de se répéter, ont fini par bâtir une réponse collective. Dans l'histoire de l'humanité, jamais une maladie n'avait suscité pareille riposte. Il y a des visages, il y a des moments... ahurissants. Séparés les uns des autres, ce ne seraient que miracles, jolis coups d'épée dans l'eau. Rassemblés, ils ont la force et la fragilité d'une dune.

Un première partie sur les chercheur face à l'inconnu, de la découverte du rétrovirus à l'homme blessé des années sida, en passant par la rude liberté du chercheur
Une deuxième partie consacrée à une réponse inédite du deuil à la lutte ainsi qu'à Michèle Barzach, une ministre médecin face au sida
La troisième et dernière partie sur Vivre et lutter, vivante à tort et à travers, la « fée méthadone », la fatigue de tant d'années, la colère intacte de l'activiste, et la plus belle histoire d'amour
L'Épilogue de Peter Piot sur les regrets et espoirs du directeur d'Onusida
Enfin la Postface par Daniel Defert : Le sida, forme incubée de la mondialisation

Il est rare qu'une maladie possède un certificat de naissance. Il est encore plus rare qu'elle se soit si rapidement transformée en pandémie et soit devenue la plus grande catastrophe sanitaire que l'humanité ait connue. Entre 1981 et 2006, elle a fait 75 millions de victimes à travers le monde ; 25 millions en sont mortes. En 2005, 4,9 millions de personnes ont été nouvellement infectées et 3,1 sont décédées.
L'ouvrage qu'Éric Favereau consacre à cette question donne la parole tant aux acteurs de premier plan qu'à d'autres, plus anonymes, les uns et les autres témoignant avec beaucoup d'intensité et d'humanité. Tout débute à Los Angeles entre octobre 1980 et avril 1981, par le cas de malades hospitalisés pour une pneumonie, affection que l'on sait bien soigner et qui n'implique d'habitude pas de conséquences graves… sauf en cas de forte immunodépression. Ils sont tous jeunes (entre 29 et 36 ans) et homosexuels. Quand l'alerte est donnée en 1983, les premières réactions des milieux intellectuels évoquent surtout la crainte d'un retour à l'ordre moral. Pourtant, le nombre de cas se multiplie. En France, on en compte 573 en 1985, 1221 en 1986 et 3073 en 1987. Faute de traitement efficace, le seul moyen disponible pour faire face est la prévention. Geste banal aujourd'hui, mais justifiant alors d'un certain courage, Michèle Barsach, ministre de la Santé, décide d'autoriser la publicité sur le préservatif (interdite jusque-là, pour favoriser la natalité française) et de libéraliser la vente des seringues dans les pharmacies. Mais elle refusera toujours de rendre obligatoire le dépistage de cette infection. C'est que l'époque est terrible pour les malades. Il n'est pas rare qu'ils soient stigmatisés dans les hôpitaux : des pastilles rouges posées à la porte de leur chambre, sur leur dossier ou sur leur lit, leurs couverts et leur linge nettoyés à part et leur chambre désinfectée fréquemment… L'irruption du Sida ne va pas bouleverser que les personnes qui en sont atteintes. Elle va aussi transformer les pratiques tant soignantes que sociales. Jamais dans l'histoire de la maladie les malades n'ont eu un rôle aussi déterminant : des associations les regroupant se mobilisent très tôt, s'imposant comme interlocuteurs privilégiés. Èmerge progressivement le concept de santé communautaire qui désigne l'appropriation d'enjeux et de stratégie de santé publique par des groupes vivant dans des conditions particulières. L'appel qui est fait à la responsabilisation des malades va changer l'approche à l'égard des toxicomanes qui voient leur addiction traitée comme une maladie et non plus comme une difficulté psychologique. En ce vingt-cinquième anniversaire, même si sa cause a été identifiée, les moyens de diagnostic et de traitement ont été mis en œuvre et le taux de nouvelles infections est en baisse notable, « nous n'avons pas d'alternative : nous allons vivre des dizaines d'années avec le Sida » conclut Peter Piot, directeur d'Onusida.