Les Garçonnes des années 20

Voici un hommage à ces femmes qui ont osé, qui ont combattu parfois pour simplement porter un pantalon. Elles se rebellent contre les traditions rigides du passé, et décident de se montrer et d'afficher leur sexualité en toute liberté. Les vêtements deviennent plus androgynes et soulignent une silhouette qui hésite entre masculinisation et invention d'une nouvelle féminité. La garçonne est née.


Diffusion Sept 2005

Les premières années du XXème siècle marquent la fin d'un monde qui va mourir avec la Première Guerre mondiale. L'esthétique féminine le traduit bien : le corps est toujours contraint, enserré dans un corset rigide qui plie la silhouette en «S», la poitrine est profilée à l'avant, la taille menue serrée par une ceinture; les mouvements sont entravés par les superpositions de dentelles et de mousselines, le visage est entouré d'une masse de cheveux mousseux, ondulés... Les femmes restent enfermées dans les conventions sociales, soumises à des changements de toilette selon les heures de la journée.
Pendant la Première Guerre mondiale, toutes les femmes se sont mises au travail pour remplacer les hommes partis au front.
Plus question de porter des chaussures qui ne tiennent pas aux pieds, un corset qui brime la poitrine ou des robes qui entravent! Les femmes commencent par desserrer le corset, puis l'éliminent. S'impose alors une tenue simple: jupe sombre, corsage clair, veste.
Nombre d'entre elles ont dû continuer à s'assumer seules car beaucoup d'hommes ne sont pas revenus de cette guerre. C'est le début d'un mouvement irréversible qui engendre l'apparition de la première génération de femmes modernes.
Nous sommes dans les Années folles à travers un mouvement social déterminant : l'émancipation des femmes.

Elles se rebellent contre les traditions rigides du passé, et décident de se montrer et d'afficher leur sexualité en toute liberté. Ce qui n'est pas toujours du goût de leurs aînées. Elles portent désormais des jupes courtes et des robes échancrées, se coupent les cheveux, fument, conduisent, gagnent leur vie et vivent en indépendantes.
Les vêtements deviennent plus androgynes et soulignent une silhouette qui hésite entre masculinisation et invention d'une nouvelle féminité.
La garçonne est née.
Cette tenue permet de bouger, de danser le tango et le charleston; les bras sont libres, l'encolure également, car il faut être acrobate pour s'adonner au sport en vogue, le charleston. Une jupe courte qui tourbillonne et des yeux noirs qui disent le plaisir fou d'être vivant.
Plonger dans un tourbillon de musiques, de danses, de divertissements... On sort entre filles, en faisant fi des anciennes conventions sociales, on fume le cigare, on se conduit comme un homme, l'homosexualité féminine s'affiche. Alors qu'auparavant une femme correcte ne se fardait pas le jour, la garçonne, s'affranchit des conventions sociales: on peut, et même on doit, se maquiller en plein jour, les yeux passés au charbon noir, la bouche dessinée en rouge foncé...

Comment ne pas être séduit par ces Années folles qui, après l'horreur des tranchées, ont tout osé, à commencer par cette révolution insensée: dévoiler les jambes des femmes?
On se souvient de Mistinguett qui nous chantait ce fameux air en 78 tours
On dit...
Que j'ai de belles gambettes
C'est vrai

C'est l'époque de Joséphine Baker, Greta Garbo ou les Dolly Sisters qui ont lancé l'ère des cheveux courts et de la frange masquant le front. La garçonne, au bras de son Rudolph Valentino gominé, hante les hauts lieux de Montparnasse.

Les attributs des fantasmes masculins (poitrine, taille, fesse) sont ainsi gommés.
Dès 1916, les femmes montrent leur cheville, le bas du mollet en 1918.
En 1924, les Jupes sont "courtes" : en moyenne à 26 cm du sol, en 1925 elles sont à 30 ou 35 cm du sol, et en 1926, à 40 cm.
Avec la garçonne, la garde-robe masculine entre dans le vestiaire féminin. Il ne s'agit pas d'excentricité vestimentaire mais d'un réel progrès du féminisme. L'égalité des sexes apparaît d'abord comme une négation de la féminité et comme une volonté d'imiter les hommes. Le pantalon, emblème de la virilité occidentale apparaît à la fin des années vingt dans la garde-robe féminine même s'il est déjà porté dès 1920 pour le ski, l'équitation, la chasse ou le golf. A l'écart des changements, la campagne restera longtemps fidèle à ses traditions vestimentaires et à ses costumes régionaux. Ainsi, longtemps, certains curés refuseront la communion aux jeunes filles en pantalon. L'école laïque ne se montrera guère plus tolérante en interdisant le pantalon jusque la fin des années soixante, sauf pendant les rigueurs hivernales, à condition qu'il soit porté sous la Jupe. (Tiens !!) En 1930, le droit des femmes de s'habiller en homme est même débattu devant les tribunaux. Ainsi, Violette Morris, entraîneuse de la Fédération féminine sportive de France porte plainte car sa fédération lui a retiré sa licence en raison de sa tenue jugée trop masculine. A 37 ans, elle porte des cheveux coupés très courts, le pantalon et veston avec cravate. Elle sera même accusée par la rumeur d'avoir supprimer sa poitrine trop proéminente pour conduire sa voiture... Elle sera déboutée devant le tribunal qui déclarera que "porter un pantalon n'étant pas d'un usage admis pour les femmes, la fédération féminine sportive de France avait parfaitement le droit de l'interdire"...

Mais ces femmes pionnières ont eu le courage de faire face à l'homophobie, aux moqueries, à la désapprobation de la société durant la décennie 1920-1930 en portant le pantalon. En adoptant l'habit des hommes, elles ont été les précurseurs du mouvement d'émancipation et de libéralisation des femmes.
Les opposants à cette émancipation vont jusqu'à faire courir la rumeur que les coupes courtes provoquent des calvities, ou, au contraire, activent la pilosité du visage...
Et biens sûr ne manquèrent pas d'assimiler les garçonnes aux lesbiennes. Ainsi, dès 1889, on estime que l'on peut presque toujours suspecter une homosexualité chez les femmes qui portent les cheveux courts ou qui s'habillent comme des hommes ou qui pratiquent les sports ou les passe-temps de leur entourage masculin. Le marquage du sexe par le vêtement est en effet à cette époque un trait culturel fondamental. Il assigne chaque sexe à sa place dans toutes les manifestations de la vie sociale. Pourtant, dans ce siècle marqué par la domination masculine, adopter l'habit des hommes est un geste d'affranchissement. Ainsi des femmes bravent les sarcasmes et deviennent des modèles pour les femmes éprises de liberté: Rosa Bonheur, George Sand, ou encore l'écrivaine Rachilde portent l'habit masculin.
Le livre de Christine Bard écrit en 1965 intitulé « Les filles de Marianne, histoire des féminisme de 1914-1940 », consacre un chapitre aux garçonnes et lesbiennes célèbres.
Les garçonnes des années 20 n'étaient pas forcément lesbiennes : elles étaient avant tout des femmes revendiquant leur autonomie, leur indépendance et leur liberté face au joug marital. Mais bien sûr, nombreuses étaient lesbiennes ou bisexuelles, et toutes revendiquaient la liberté sexuelle au point d'effrayer un mouvement féministe ancré dans les valeurs familiales. Certaines militantes sont jugées trop " masculines " par d'autres, les premières considérant que la libération des femmes passait par une appropriation du genre masculin, au nom de l'idée que puisque les hommes ont le pouvoir, il suffirait d'en porter les attributs pour le posséder à son tour.
« La Garçonne » est également le titre d'un roman de Victor Margueritte publié en 1922 avec un tel succès qu'elle est devenue un modèle social d'émancipation féminine. Pourquoi ? Parce que pour la première fois dans un roman à visée féministe l'héroïne a une aventure homosexuelle. La révélation d'une jouissance homosexuelle équivalente à la jouissance hétérosexuelle fait d'autant plus scandale, que les femmes sont « surnuméraires », et qu'elles viennent d'être écartées de leurs droits politiques par la République malgré leur contribution remarquable à l'effort de guerre. Une femme a-t-elle le pouvoir de donner à une autre femme la jouissance que l'homme s'est toujours cru seul capable de lui donner ? Le succès extraordinaire remporté par le roman montre que Victor Margueritte a touché un problème de fond

Pour conclure :
Le symbole de la garçonne est à la fois une manière de s'habiller et un mode de vie, une image autour de laquelle se cristallisent les angoisses autant que les espérances. Un chamboulement des rôles sexués, une liberté dont profitent la femme moderne. Ainsi, la silhouette n'est plus façonnée par l'homme; elle reflète l'idée que la femme veut se donner d'elle, c'est-à-dire l'équivalente de l'homme.
La garçonne, l'insolente garçonne qui tourne le dos au monde d'avant et émancipe le corps.
Les années 20, période riche en créativité, jusque dans les années 30 où on assiste au retour de la longue robe pour le soir et les cheveux longs. Mais les hommes auront beau reprendre du poil de la bête et mener la contre-révolution des années 1930, la graine est semée. Désormais, les femmes n'auront de cesse d'être maîtresses de leur apparence et de leur beauté.

Ces femmes courageuses ont triomphées des divergences esthétiques, morales et politiques pour entrer dans les moeurs et ouvrir ainsi la voie de la femme moderne telle que nous la connaissons aujourd'hui.