Le suicide chez les jeunes homo

Vivre sa différence n'est pas toujours facile. Que l'on soit gay, lesbienne, bisexuel ou transgenre, ou tout simplement que l'on se cherche encore, on est trop souvent en butte à l'intolérance, au sexisme et à l'homophobie. Peu de jeunes subissent autant de discrimination et de rejet (qu'il s'agisse de la famille ou de l'école) que les jeunes gays.


Diffusion Sept 2005

Depuis 1997, la ligne Azur de Sida-Infoservice s'adresse à tous ceux qui « réalisent que leur désir les porte vers des personnes du même sexe et qui n'arrivent pas à faire face à cette situation ». « En 1997, les lignes d'écoutes étaient toutes consacrées au sida, mais beaucoup d'appelants voulaient également évoquer leurs difficultés face à l'homosexualité, leur isolement, leur souffrance. Une nouvelle ligne d'écoute à donc été crée ». (08.10.20.30.40)

Sept ans plus tard, en 2004, la ligne Azur a reçu plus de 7 000 appels. Un tiers des appelants ont moins de 20 ans. « ils se demandent s'ils sont « normaux », s'il existe d'autres adolescents comme eux, si « ça » va changer un jour. Beaucoup ont entendu des insultes homophobes au lycée ou dans la rue et ils sont terrifiés par le regard des autres. Qu'ils soient jeunes ou vieux, certains sont complètement affolés à l'idée d'être « différents » et ils en arrivent à tenir des propos suicidaires. »

Le suicide révèle la souffrance singulière des jeunes homosexuels.

Pour la première fois en France, un étude, menée par l'association Aremedia et l'Inserm, a mensuré ce mal-être évoqué par les écoutants de la ligne Azur. Alors que le 10 septembre dernier était la journée mondiale de prévention du suicide, ce travail montre que ce phénomène touche les homosexuels de très près.
Les résultats préliminaires de travail se Marc Shelly (Responsable du centre de dépistage d'un hôpital parisien) font apparaître que, quelque soit l'âge, le lieu de résidence, le niveau d'étude, la catégorie socioprofessionnelle ou la structure familiale, les jeunes homosexuels ont treize fois plus de risque de faire une tentative de suicide que les jeunes hétérosexuels.
Les chiffres français ont été obtenus à partir d'une enquête menée entre 2000 et 2004 auprès d'un échantillon de 993 hommes âgés de 16 à 39 ans. Tous ont raconté leur trajectoire « socio-biographique » en remplissant un long questionnaire.
Marc Shelly a tenté de comprendre cette forte propension au suicide des homosexuels. En analysant les résultats, il a ainsi constaté que chez les jeunes gays, les tentatives de suicides étaient fortement associées à une dégradation de l'estime de soi : 80% de ceux qui avaient attenté à leur vie au moins une fois avaient une opinion négative d'eux-mêmes ou évoquaient un manque de respect envers eux-mêmes ou perçu chez autrui.

Selon une autre étude réalisée en Belgique, une jeune fille lesbienne ou bisexuelle sur quatre a tenté de se suicider au moins une fois alors que c'est 12,4% pour les garçons homosexuels. 33,3% des garçons y ont pensé et chez les filles, cela monte à 45%, soit pratiquement une sur deux !
L'homophobie s'exprime différemment selon que l'ont soit un garçon ou une fille. Pour les garçons, l'agression est plus directe, se définir en tant qu'homme se traduit principalement par 'je ne suis pas une fille et encore moins un PD…' et cette revendication est exprimée haut et fort chez les ados. La lesbophobie peut elle aussi se manifester de façon assez directe (notamment envers les filles très masculines), mais elle a en général une forme très passive : « la négation de la lesbienne dans l'imaginaire collectif ».
Même si pour les homosexuels masculins les images véhiculées sont en majorité très péjoratives, ils ont une présence sociale bien plus importante que les lesbiennes. Ainsi, là où un garçon devra construire son identité face à des modèles péjoratifs et une agressivité marquée, une fille aura aussi à affronter sa quasi inexistence sociale en tant que lesbienne.

« Les homosexuels ont le choix entre le secret, qui est psychologiquement épuisant, et le « coming-out », qui entraîne souvent le rejet de la famille, de voisinage ou des collègues de travail. Se donner la main dans la rue, comme le font tous les hétérosexuels, c'est s'exposer à des regards, des remarques, voire des agressions. Et à l'adolescence, quand on est fragile, on le supporte très mal. »
« C'est difficile, à l'adolescence, de se sentir différents, de ne pas arriver à participer aux discussions, aux flirts et aux blagues que font les copains. L'homophobie n'est pas forcément violente, mais à cet âge là, il y a des codes à respecter et les jeunes homosexuels en sont exclus. Du coup, ils se taisent et toute leur vie psychique est organisée autour de ce secret. Jusqu'au jour où ils craquent.

Pour éviter les passages à l'acte, Eric Verdier, chargé de mission à la Ligue des droits de l'homme, a mis en place en 2004 une dizaine de groupes de parole à Paris, Cherbourg, Marseille, Arras ou Nancy… « Au cours de ces réunions, beaucoup évoquent les moqueries et les rires qui visent leur homosexualité réelle ou supposée. L'adolescence est l'âge de tous les dangers et le thème de la différence est alors une question clé. Souvent, ceux qui viennent nous voir ne sont pas conformes aux stéréotypes de la masculinité ou de la féminité et ils se sentent rejetés : ils ont les sentiment d'être des souffre-douleur. » Ces groupes accueillent régulièrement une quarantaine de jeunes. « Selon plusieurs enquêtes, un suicide d'adolescent sur deux serait lié à l'homosexualité. Beaucoup ont intériorisé l'homophobie à laquelle ils ont été confrontés tout petits à travers les insultes ou les blagues visant les homosexuels. Du coup, ils se sentent dévalorisés et ils sont incapable d'en parler à leurs proches. Notre travail, c'est de leur dire qu'il y a des lieux où cette différence est acceptée et qu'on peut s'approprier une identité »

Quant à l'école, elle est prioritairement le leu pour faire changer les mentalités. On y prodigue déjà l'apprentissage de la tolérance, mais uniquement par rapport au sexisme et au racisme. L'orientation sexuelle n'y est pas encore évoquée.

Ce texte est très largement inspiré d'un article paru le 10/09/05 dans le journal Le Monde

Rappel des coordonnées :
Ligne Azur de Sida-Inforservice : 08.10.20.30.40
SOS Homophobie : 01.40.10.81.35

Voici 3 livres traitant du sujet :

« Homosexualité et suicide » de Eric Verdier et Jean-Marie Firdion : Livre dans lequel ils tentent d'établir le lien qui existe entre l'homophobie présente dans la société et les souffrances vécues par les personnes qu'elle vise.

« Sains et saufs » : de Eric Verdier et Michel Dorais : Petit manuel de lutte contre l'homophobie à l'usage des jeunes.

« Gayrilla » : Petit manuel de Michel Dorais : Comment aider les jeunes gays et lesbiennes à sortir de la honte de soi, de l'homophobie intériorisée, et de la discrimination qu'ils rencontrent, et comment prévenir les suicides.