Homo mais pas "out"

Notre orientation sexuelle se révèle le plus souvent au moment de l'adolescence. Durant cette période d'extrême fragilité psychologique et affective, il apparaît parfois difficile de faire face à une orientation affective et sexuelle différente de la norme hétérosexuelle.


Diffusion janvier 2007

Période de bouleversements aussi bien corporels que psychologiques. La sexualité, accompagnée de ses tabous, devient le centre des préoccupations et la source d'incertitudes. L'attirance envers une personne du même sexe, qui vient remettre en cause le modèle courant peut aggraver ces doutes, et pousser l'adolescent à se questionner sur son orientation sexuelle et sa « normalité » ?

Si tu éprouves une affection particulière pour ta meilleure amie, tu penses pet être lesbienne. Mais c'est ta meilleure amie, c'est donc totalement naturel d'avoir des sentiments très forts pour elle ! Elle est un peu ton modèle. Il n'est donc pas non plus étonnant que tu la trouves belle. Avoir une meilleure amie, c'est avoir un penchant, parfois très marqué, pour une personne plutôt qu'une autre, mais ça ne signifie pas être lesbienne.
Quand tu mates un porno avec tes potes, tu te masturbes avec eux et tu te demandes si cette pratique n'est pas réservée aux gays. Les hétérosexuels se branlent aussi entre amis. Ce n'est pas le signe d'une homosexualité latente, pas plus que le fait de comparer la taille de son sexe.

Si la pression sociale te pousse à définir ta sexualité, elle ne peut se résumer à des catégories. Hétéro ou homo ? Même si tu as eu une expérience homosexuelle, cela ne signifie pas obligatoirement que tu es homo. Dans la vie, on se cherche à plusieurs niveaux, y compris en matière de sexualité. Partager l'intimité d'une personne de même sexe ne signifie pas s'engager pour l'avenir. L'expérience en appelle d'autres, qui peuvent être totalement différentes. Avec le temps, tu vas apprendre à connaître l'autre et à te connaître, à identifier tes propres désirs, mais pour l'instant, rien n'est définitif.

La découverte de son homosexualité est souvent un choc aussi grand que sa révélation. Si tu es sûr(e) d'être gay ou lesbienne, tu peux te sentir extrêmement seul(e) et craindre le regard des autres. L'homosexualité, malgré l'évolution des mentalités, manque de visibilité. Mais elle existe, et tu n'es pas une exception. Elle concerne tous les coins du monde, tous les milieux et tous les âges. Alors que tu aimerais en parler à quelqu'un, il y a peut-être, dans ton lycée, un autre garçon ou une autre fille qui vit la même situation. Si tu ne le ou la trouves pas, tu peux toujours en parler à tes amis. Tes parents ne sont pas les rois de la tolérance, surtout en matière d'homosexualité, mais ils t'ont toujours dit qu'ils seraient là pour toi ? Si tu as envie de leur en parler, dis-toi que quand il s'agit de leur enfant, les parents sont souvent prêts à accepter ce qu'ils condamnent chez les autres. Mais si tu crains, et c'est légitime, leur réaction, n'hésite pas à te confier à une association ou même à une radio. Et surtout rappelle-toi que ne pas être dans la norme hétérosexuelle ne signifie pas être anormal(e).

Les étiquettes
La sexualité reste encore un sujet tabou. Elle fascine, elle intrigue et celle des autres renvoie souvent à ses propres pratiques et à ses propres doutes. Cela s'accompagne d'une pression sociale obligeant chacun à se définir par rapport son comportement sexuel.

Quand on est adolescent, cette pression est souvent difficile à vivre et beaucoup de jeunes cherchent à savoir à quelle catégorie ils appartiennent. Homo ou hétéro, on a souvent le sentiment qu'il faut choisir son camp et on recherche alors en soi les signes, les preuves qui démontreraient que l'on appartient à tel ou tel groupe.

Mais la sexualité ne se résume pas à des catégories. Chaque individu la vit différemment et aucune règle n'existe en la matière. Il faut se donner du temps pour apprendre à se connaître, à identifier ses propres désirs. Toute expérience n'est pas forcément définitive, ni un engagement pour l'avenir. Eprouver une affection particulière pour sa meilleure amie quand on est une fille ne signifie pas obligatoirement que l'on est lesbienne. Se masturber entre copains en regardant des films pornos n'est pas une pratique réservée exclusivement aux homosexuels.


Découvrir son corps et chercher à connaître celui des autres, sont des étapes nécessaires pour trouver son équilibre. Du reste en apprend notamment en cours de psycho que la connaissance de son propre corps passe par la connaissance d'un autre du même sexe. Et il est important de prendre son temps. Entre homosexualité exclusive et hétérosexualité exclusive, toute une gamme existe et c'est à chacun de faire son chemin pour savoir où il se positionne. A l'inverse, on peut se savoir homosexuel(le) sans avoir jamais couché avec une personne de son sexe.

Le regard des autres
La faible représentation des homosexuels ou des bisexuels dans les médias, l'absence au collège ou au lycée d'espaces de discussion et d'information autour de la sexualité, donnent souvent l'impression d'être seul(e) au monde. Cette impression est renforcée lorsque l'entourage montre des signes d'hostilité à l'égard de toutes relations entre personnes de même sexe.

Dans certains milieux - en province ou en banlieue, l'homophobie quotidienne et lancinante est une pression sociale qui tend à cacher toute expression d'une attirance ou d'un désir à caractère homosexuel. Même si elle est invisible, il ne faut pas oublier que l'homosexualité est présente dans tous les milieux, dans toutes les régions, dans toutes les classes d'âge. Au lycée, un autre garçon ou une autre fille partage peut-être les mêmes angoisses, les mêmes doutes ou interrogations. Vous la côtoyez tous les jours, vous croyez la connaître et pourtant...


Pas toujours facile de trouver à qui parler
A l'adolescence, au début de l'âge adulte, bon nombre de garçons et de filles, d'hommes et de femmes, s'interrogent sur les sentiments qu'ils ressentent et qu'ils découvrent. "Ca fait longtemps que je sais que je suis attiré par les garçons. Je croyais que ça passerait, mais plus je grandis et plus je me rends compte que non. Je ne peux en parler à personne. Mon père réagit très violemment aux émissions sur le sujet. Mes copains et mes copines sont tous hétéros. Ils ont l'air tolérants comme ça mais je ne sais pas comment ils réagiraient. J'aimerais rencontrer un garçon de mon âge. Vous croyez que c'est naturel ?"

Si vous ne vous sentez pas le courage de parler à votre proche entourage, pour un premier contact il y a toujours les lignes téléphonique, les forums de discussion sur Internet, ou les associations

Il y a la ligne Azur pour discuter d'attirance, de désir, de sexualité et d'homosexualité. 0 810.20.30.40

Il y a la ligne du Fil Santé Jeune, un numéro vert, anonyme et gratuit. Des psychologues écoutent et répondent aux questions concernant la sexualité, le coming-out, etc. 0 800 235 236

Aujourd'hui, le milieu associatif conscient de ces difficultés, vient en aide aux jeunes et à leur famille, proposant écoute, dialogue et soutien aux personnes concernées.
Sur Angers, Tonic's, Quazar ou Contact sont des associations auprès desquelles vous pouvez vous adresser en tout anonymat